Campagne 2026 : Sécuriser nos usages du soin
Comment poursuivre un mouvement de désinstitutionnalisation tout en pérennisant nos façons de faire soin ? Comment instituer des savoir-faire sans (trop) les institutionnaliser ? Comment sécuriser nos usages sans les enfermer ?
Ce sont des questionnements en travail depuis longtemps à l’Autre “lieu”, au Groupe Kriz notamment et qui sont d’autant plus présents dès lors que notre bail arrive à terme et que nous cherchons un nouvel espace pour accueillir le vaisseau Autre “lieu”.

Jusqu’alors, on collecte des ressources pour nous aider réfléchir, à construire. On s’intéresse aussi à l’histoire de l’Autre "lieu" et de la recherche action autour de la psychiatrie et ses alternatives : comment la sécurisation, la pérennisation et la transmission des usages du soin a été construite et pensée ?
Protéger nos usages du soin c’est aussi s’intéresser aux conditions matérielles qui permettent à ces usages d’exister. Quelles sont les équipements matériels qui permettent à l’Autre "lieu" d’expérimenter du soin non-médicalisé ? Comment penser la propriété de ces moyens matériels ? Quel est notre usage de l’espace ? De quoi et de qui dépendons nous pour exercer nos missions ?
Nous entrons dans ces recherches avec le groupe du Labo, des réunions mensuelles autour des questions de propriété et la confection d’une analyse autour de la mesure d’observation protectrice.
Un de nos chantiers de campagne consiste à explorer et à célébrer les méthodes, dispositifs et pratiques communautaires porteuses d’émancipation collective. Nous souhaitons donner à ces explorations une forme joyeuse et publique: un Festival des usages du soin, qui aura lieu les 11, 12 et 13 décembre 2026. Nous pensons ce festival comme un espace-temps où on pourra se rencontrer autour des choses que l’on fait en nuée, qui permettent de prendre du pouvoir sur nos vies et de cultiver du commun dans le soin, des solidarités et des intimités relationnelles plus horizontales.

Le programme est en cours de construction, mais nous pouvons déjà dévoiler les grands axes qui structureront le week-end : une journée sur l’entraide mutuelle, une journée sur les pratiques autour du consentement, une aprèm d’ateliers pratiques, et aussi bien-sur une fête ! à suivre…
Quelques rendez-vous et références vers des comparses, des pratiques, des inspirations.
Voici quelques outils qui nous inspirent :
- L’aventure française d’Antidote sur la sécurisation de lieux, d’espaces concrets et les outils pédagogiques du Cercles du Laveu sur la fondation comme outil juridique et financier de pérennisation de lieux
- Le texte de Dandelion « Comment gérer une crise psychotique ? » et autres outils qui permettent d’avoir prise même dans la crise
- Le protocole N.A.D.A. (National Acupuncture Detoxification Association) et le film raconte son histoire « Dope is Death » >>> on vous explique c’est quoi ci-dessous.
Le protocole N.A.D.A. est une pratique communautaire utilisée pour soulager le craving (sensation de manque, envie compulsive, besoin de consommer), accompagner les troubles de l’usage, mais aussi les angoisses, l’anxiété, les stress post-traumatique et autres trucs qui nous turlupinent, nous traversent, nous habitent et parfois nous embêtent ou nous empêchent. Le protocole ne nécessite aucun diagnostic et ne demande aucune verbalisation. Il est sans contre-indication. Il a été mis au point dans les années 60-70’ par les groupes révolutionnaires Black Panthers Party et les Young Lords comme soin communautaire pour se rendre plus autonomes vis-à-vis de certaines substances (héroïne, méthadone entre autres) et se libérer des programmes gouvernementaux destinés aux communautés noires et racisées de Harlem et du sud du Bronx. Inspiré de la médecine chinoise, le protocole permet d’aborder les questions d’addictions non seulement sur un plan individuel mais comme un problématique de santé communautaire, prenant en compte les aspects sociaux-politiques, raciaux et coloniaux à l’origine des addictions.
Un documentaire sorti en 2020 raconte l’histoire de l’usage révolutionnaire de ce protocole d’acuponcture. Nous vous invitons à visionner Dope is death de Mia Donovan. Le film (78 min/réalisé par Mia Donovan et sorti en 2020) documente le développement du premier programme de désintoxication par acupuncture aux États-Unis avec les Black Panthers et les Young Lords. Il explique comment cette forme de réduction des risques radicale a constitué un acte révolutionnaire contre les programmes gouvernementaux destinés aux communautés noires et racisées du sud du Bronx. Dope is Death montre une histoire révolutionnaire et communautaire de la pratique du protocole NADA, une méthode d’acuponcture visant à réduire entre autres le craving, les angoisses, l’anxiété. Ce film et cette pratique nous permettent de nous interroger sur les pratiques communautaires en santé et sur la manière de les transmettre pour qu’elles restent des pratiques situées, émancipatrices et utilisées par et pour les personnes ciblées par les politiques répressives en matière de drogues/substances psycho-actives ou visées par la psychiatrisation de leur existences et de leur difficultés.
Le 12 juin à 18h, l’Autre "lieu", Forest de soin et le Collectif santémental’eau proposaient une projection du film Dope is death dans le cadre des campagnes Protéger nos usages du soin et Support Don’t Punish.
Le dimanche 28 juin 2026, avec le Collectif Santé Mentalo, l’Autre "lieu", Acupunk et Forest de soin, on organise un moment de transmission du protocole N.A.D.A Ce dimanche, on propose un espace pour apprendre le protocole N.A.D.A (sans pré-requis), s’entraider, se rendre mutuellement capables de le recevoir et le donner.
Le 3 décembre 2026, une projection du film est organisée à Liège au Cercle du Laveu. Un atelier pratique suivra durant le week-end.
Un atelier pratique sera aussi organisé à Bruxelles à l’occasion du Festival des usages du soin, le 13 décembre 2026.





























